Rénovons le PS en Languedoc

Gérard Saumade : retour sur un parcours politique

On en a beaucoup parlé ces derniers jours du décès de Gérard Saumade. Mais avec une vision assez réductrice, celle de ces conflits avec Frêche. Autant donné une vision plus complète du personnage.

 

Né en 1926, Gérard Saumade fit ses études à Montpellier et réalisa sa thèse d'économie avec Jules Milhau. Par l'entremise de ce dernier qui développa l'économétrie en France et qui était par ailleurs l'un des dirigeants agricoles de la région, il fut intégré à la fois dans le milieu universitaire (le CRPEE, le premier labo CNRS de la région en économie) et celui des aménageurs régionaux.

 

C'est par ce  biais qu'il travailla quelques temps auprès de Lamour pour convaincre de l'utilité du canal du Bas-Rhône (face à des populations plutôt hostiles dans les années 1950 !), du remembrement (face à des viticulteurs franchement opposés) avec Milhau et les services de l'Etat sur le premier programme d'action régional (la déclinaison régionale du plan quiquénal). Elève de Jules Milhau, Gérard Saumade entra, durant cette période au CNRS avant de devenir maître de conférences à la faculté de Montpellier.

 

Parallèlement, en 1965, il succèda à son père à la mairie de Saint-Mathieu. Issu d'une famille plutôt marquée à droite, il évolua néanmoins rapidement vers la gauche. Dès 1965, il était proche des conventionnels et appuia la campagne présidentielle de François Mitterrand et participa au développement de la convention dans le département (Avec Sutra, Delfau, Crespy..). Réélu maire en 1971, alors membre du PS depuis 1969, il décida, en 1973 d'être candidat aux élections cantonales. À l'époque, le PS avait décidé de soutenir le sortant, Jean Azéma, dont la famille tenait le canton depuis le début du siècle. Gérard Saumade, candidat divers gauche fut néanmoins facilement élu et devint rapporteur du budget au conseil général.

 

Six ans plus tard, à la surprise générale, le président du conseil général, Jean Bene, fut battu aux cantonales par le communiste Pierre Guiraud. Alors que plusieurs notables se disputaient la présidence (Chappotin, Bouyeron notamment), Gérard Saumde fut élu, soutenu par une partie des anciens de la SFIO et la nouvelle génération du PS. C'est sous son égide que le département va mettre en oeuvre les lois de décentralisation. Il va faire de l'Hérault un des départements en pointe dans ce domaine. En effet, beaucoup de départements, dans les années 1980, restent prudents et continuent, dans de nombreux domaines à s'appuyer sur les services de l'Etat. L'Hérault fait alors partie des premiers à aller jusqu'au bout des logiques de la décentralisation, à une époque où les services de l'Etat freinent parfois des quatre fers pour limiter les transferts au département (routes, aménagement rural, etc..). Pour l'époque, ce volontarisme départemental mérite d'être noté. De même, le département dans la deucième moitié des années 1980 développa l'ancêtre de l'intercommunalité de projet, les chartes intercommunales crées avant la loi ATER de 1992. En terme d'aménagement, Gérard Saumade mit en place une politique d'aménagement, notamment en milieu rural et pour les villes moyennes, afin d'équilibrer le poids de Montpellier sur le territoire. Enfin, Gérard Saumade, quoique président du conseil général, était aussi convaincu, (comme beaucoup des décideurs des années 1960-1970), que la pierre d'angle des politiques d'aménagement était la région. C'est pour cela qu'il fut candidat en 1986 mais il fut battu par Jacques Blanc qui s'allia (déjà !) au Front national pour prendre la présidence à la gauche.

 

Politiquement, depuis les années 1970, Gérard Saumade fut un soutien de Mitterrand, ce dernier d'ailleurs viendra plusieurs fois le voir à St Mathieu. Par contre, il n'a jamais été éloigné intellectuellement des idées de Michel Rocard. En 1980, la majorité du conseil général soutint même la candidature de ce dernier mais derrière ce ralliement se profilait en fait les conflits internes au courant Mitterrand notamment autour de la question de Gérard Delfau.

 

En 1988, avec le retour au scrutin majoritaire, Gérard Saumade fut investi sur la 4e circonscription (Montpellier / Lodève) et comptait bien succéder à l'un de ses amis politiques, l'ancien député Gilbert Sénès sur un territoire où le département avait, par ailleurs, massivement investi. Mais entre temps, Georges Frêche obtint de Paris une décision différente. Georges Frêche, inquiet du parachutage de Camille Cabana sur la 2e, fut investi sur la 4e, jugée plus favorable. Gérard Saumade fut finalement investi sur la 2e et devint député.

 

Deux ans plus tard, le congrès de Rennes fut l"occasion d'un conflit violent au sein du PS qui va générer plusieurs années de tensions dans la fédération. En effet, jusque là, la majorité fédérale avait toujours été mitterrandienne et proche du conseil général. En 1990, sur fond de dénonciation de fausses cartes montpellieraines, (plus de 500 cartes achetées directement à Paris !), le courant Jospin disposa d'une majorité relative. Les fabusiens, menés par Gérard Saumade proposèrent bien aux rocardiens de prendre la fédération pour contrer Frêche mais le 1er fédéral imaginé, Max Lévita botta en touche et c'est finalement Robert Navarro que Georges Frêche désigna à la tête de la fédération. Ce climat donna lieu à des conflits de plus en plus aigus au sein du PS local. En 1993, Gérard Saumade décida de revenir dans sa circonscription d'origine, la 4e et battit nettement Georges Frêche à l'issue du premier tour. Exclu du PS, il n'en garda pas moins une majorité au sein du conseil général et fut réélu député en 1997. Ces tensions politiques débouchèrent sur des tensions institutionnelles de plus en plus fortes entre le département et la ville de Montpellier, qu'il s'agisse d'intercommunalité ou de subventions. En creux, c'était aussi l'opposition entre deux visions d'aménagement qui se heurtaient, l'urbaine de Frêche qui voulait draîner les investissements sur la ville et celle de Saumade qui souhaitait éviter le désert rural et favoriser une croissance multipolaire. Politiquement, le conseil général fut un acteur clef de la réélection de Gérard Delfau, réélu sénateur contre le candidat PS, Robert Navarro. Ce n'est qu'en 1998 que la situation prit une tournure définitive avec le changement de présidence départementale et l'arrivée d'André Vézinhet à la tête du conseil général. Gérard Saumade resta député jusqu'en 2002, maire jusqu'en 2006.



14/01/2012
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